Zoé Genot
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De nouveaux Fablabs institutionnels à Bruxelles ?

mercredi 5 juillet 2017, par Zoé Genot

Bruxelles connaissait déjà plusieurs Fablabs grâce à des communautés dynamiques. Très bien. Mais attention à la concertation et au travail avec les acteurs existants ! "Pas d’éléphant dans un magasin de porcelaine" !

Extrait du compte-rendu de la commission Finances du lundi 03 juillet 2017 :

INTERPELLATION DE MME ZOÉ GENOT À M. DIDIER GOSUIN, MINISTRE DU GOUVERNEMENT DE LA RÉGION DE BRUXELLES-CAPITALE, CHARGÉ DE L’EMPLOI, DE L’ÉCONOMIE ET DE LA LUTTE CONTRE L’INCENDIE ET L’AIDE MÉDICALE URGENTE, ET À MME FADILA LAANAN, SECRÉTAIRE D’ÉTAT À LA RÉGION DE BRUXELLES-CAPITALE, CHARGÉE DE LA PROPRETÉ PUBLIQUE ET DE LA COLLECTE ET DU TRAITEMENT DES DÉCHETS, DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE, DES INFRASTRUCTURES SPORTIVES COMMUNALES ET DE LA FONCTION PUBLIQUE,

concernant "l’implantation de nouveaux Fab Lab en Région bruxelloise".

M. le président.- La secrétaire d’État Fadila Laanan répondra à l’interpellation.

La parole est à Mme Genot.

Mme Zoé Genot (Ecolo).- Les Fab Lab, hackerspaces et makerspaces, vous le savez, sont des espaces équipés numériquement et dans lesquels entrepreneurs, designers, artistes, bricoleurs et étudiants peuvent à la fois travailler et découvrir un outillage leur permettant de concevoir une nouvelle pièce pour réparer un objet, pour en créer un autre ou pour passer de la phase de concept à la phase de prototypage et de déploiement d’un projet.

Mais pour réellement remplir sa mission d’innovation, un Fab Lab doit être bien plus qu’une collection d’outils numériques dans un espace accessible. C’est d’abord un projet inscrit dans une vision et des valeurs, porté par une communauté locale et connecté à un écosystème de projets partenaires, locaux, et ensuite régionaux et internationaux.

À Bruxelles, une série de ces projets, ayant chacun leur identité propre, ont émergé au cours des dernières années grâce à des communautés particulièrement entreprenantes et dynamiques. Ils se battent et déploient une grande créativité pour assurer leur pérennité.

C’est le cas entre autres d’iMAL, à Molenbeek-Saint-Jean, spécialiste des cultures et technologies numériques qui a ouvert en 2012 son premier Fab Lab destiné aux artistes. La VUB et la Erasmushogeschool Brussel ont suivi en inaugurant leur propre Fab Lab sur leur site à Anderlecht, destiné aux étudiants en ingénierie industrielle.

L’OpenFab, installé provisoirement sur l’ancien site de Solvay, à Watermael-Boitsfort, travaille quant à lui en partenariat avec l’espace de coworking Transforma Bxl. Le Fab Lab de l’École supérieure des Arts de l’image, le 75, à Woluwe-Saint-Lambert a également vu le jour ainsi que le Micro Factory situé à proximité de la place Sainte-Catherine. Enfin, le Fab Lab ULB s’est lui adossé à La Cambre. Leur éclosion repose avant tout sur l’audace et la créativité de leurs fondateurs.

Aujourd’hui, à l’instar d’autres villes européennes, comme Barcelone par exemple, leur démarche intéresse les pouvoirs publics qui semblent avoir compris que ce type d’outil est au cœur des économies actuelles et émergentes et qu’ils constituent un écosystème dynamique et innovant qui offre un réel soutien à de nombreux porteurs de projets, start-up, artistes, designers, développeurs, architectes, etc.

En juillet 2015, le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale a décidé de soutenir le développement de trois nouveaux ateliers numériques. Une décision de principe a déjà été prise pour un premier site pour un montant de 204.500 euros. Citydev.brussels a été sollicitée pour élaborer un plan d’action en vue, je cite, de "susciter et accueillir l’innovation, le réseau devra, a priori, couvrir la chaîne étudiants-start-up-starter-TPE-PME : il aura pour objectif d’augmenter l’activité productive et la création de l’emploi qui en résulte".

Cet objectif, à mon sens, ne constitue qu’une partie de la mission d’un Fab Lab et passe à côté de la dynamique de réseau qui est primordiale pour qu’ils innovent et réussissent. Le rapport de citydev.brussels 2015 projette, je cite encore, qu’un "premier Fab Lab sera probablement installé dans le futur incubateur Greenbizz". Greenbizz est destiné à s’intégrer aux programmes et actions transversales de la Région en matière d’innovation, d’emploi et d’environnement avec ses partenaires institutionnels, et notamment via le cluster Greentech d’impulse.brussels.

L’installation du Centre scientifique et technique de la Construction (CSTC) et le développement de la filière de l’écoconstruction, entre autres, consolideront l’émergence d’un pôle d’innovation durable à Bruxelles. Greenbizz est bien sûr un "hébergeur" intéressant et je note les synergies que vous entendez développer. Je peux comprendre qu’il soit envisagé que dans le cadre de NextTech.brussels et de digital.brussels, dotés, si je suis bien informée, d’un montant important à savoir deux millions d’euros, l’un des trois Fab Lab que citydev.brussels envisage de piloter, à savoir CityFab 1, y prenne place.

Mais dans le centre de la zone du canal, il existe déjà cinq autres Fab Lab et hackerspaces (Fab Lab iMAL, Micro Factory, Fablab’ke, Fablab Brussels VUB/EHB, Hackerspace). Si comme moi vous faites le pari que ces outils constituent des vecteurs pour l’éducation et la formation des populations bruxelloises - et j’insiste, de toutes les populations bruxelloises - aux nouvelles technologies numériques, aux pratiques du "do it yourself" et aux communautés de partage et de savoir-faire, il y a évidemment un grand intérêt à réfléchir aux lieux et réseaux utiles existant pour l’implantation de nouveaux acteurs et à leur interaction avec les pionniers.

Notre Région n’est pas grande, mais elle est très diverse. Les écosystèmes dans les quartiers le sont également et certaines populations sont moins mobiles que d’autres. Ce choix d’implantation a certes une logique fonctionnelle, mais il a aussi quelques solides effets indésirables pour la pérennité et la collaboration entre les acteurs du secteur. En effet, procéder de la sorte a pour conséquence de concentrer une activité qu’il faudrait répartir à partir d’une identification des besoins et de ce qui existe déjà.

En outre, dans des systèmes qui fonctionnent sur la collaboration et la formation réciproque, installer avec de gros moyens un nouvel acteur qui va aller chercher collaboration et formation chez les voisins peu soutenus jusqu’ici n’est pas nécessairement prometteur - pour ne pas dire contre- productif - si l’on veut nourrir et développer une approche collaborative.

Vous envisagez également dans un second temps deux implantations. Là encore, il m’apparaît que vous procédez, au contraire d’une démarche de terrain et de réseau, par une démarche qui s’inspire d’abord des espaces disponibles, presqu’une démarche planificatrice, ce qui est tout le contraire du principe même des économies émergentes qui, comme l’indique leur nom, émergent des acteurs en réseau et doivent ensuite être soutenues par les pouvoirs publics dans leur développement. C’est encore le cas, semble-t-il, pour le deuxième Fab Lab qui, toujours d’après le rapport 2015 de citydev.brussels, "prendra ses quartiers dans le bâtiment Sanofi du parc industriel Da Vinci, à Evere".

L’important est que le plan Fab Lab soit travaillé étroitement avec les acteurs et ne crée pas de tensions entre eux par un soutien inégalement réparti. On pourrait s’inspirer de ce qui a été fait àBarcelone ou à Gand pour travailler plus étroitement avec ces acteurs. Ils n’ont pas forcément de grands besoins d’argent, puisqu’ils essayent de développer des financements innovants eux-mêmes. Mais si certains d’entre eux sont financés massivement et les autres pas du tout, cela va complètement déséquilibrer le secteur. Il est important que vous en teniez compte.

Dans le cadre de l’élaboration de ce plan Fab Lab, avez-vous procédé, et sous quelle forme, à une concertation avec les acteurs du secteur ?

Comment avez-vous établi l’opportunité de la création de trois nouveaux Fab Lab publics régionaux à Bruxelles, et quel sera le modèle de gestion et de financement envisagé pour ces nouvelles structures ? Pouvez-vous garantir que cette stratégie de développement "par le haut" de nouveaux acteurs régionaux ne mettra pas à mal la pérennité des projets existants, issus du dynamisme d’acteurs de terrain ?

Le rapport 2015 de citydev.brussels, pour ce qui est du premier City Fab Lab sur le site de Greenbizz, utilise l’adverbe "probablement". Est-ce à dessein ? Cela signifie-t-il que la décision n’est pas complètement arrêtée ?

Ce plan inclut-il, au-delà des trois nouveaux Fab Lab, des moyens financiers ou autres permettant de soutenir ces acteurs préexistants ? Comment entendez-vous valoriser la diversité des projets et acteurs existants et les complémentarités entre eux, ainsi qu’avec les nouveaux Fab Lab envisagés ?

Dans le même ordre d’idées, pouvez-vous détailler la ventilation des dépenses et des soutiens prévus dans ce budget de deux millions d’euros ?

Comment entendez-vous pallier cette insuffisance de concertation ? Ne pensez-vous pas qu’il est urgent de l’organiser pour ce plan ? Mais puisque la question date de mai, je sais que sur ce point, vous avez commencé à travailler.

Discussion

M. le président.- La parole est à Mme Laanan.

Mme Fadila Laanan, secrétaire d’État.- Dès le lancement du projet adopté par le gouvernement à mon initiative, la mission d’investir dans l’implantation de Fab Lab a été confiée à citydev.brussels. Une concertation informelle des acteurs a été réalisée par leurs services et de nombreux contacts bilatéraux ont été menés. Un comité d’accompagnement formel s’est tenu à ma demande, en mon cabinet, le 7 juin avec l’ensemble des Fab Lab actifs sur le territoire de la Région.

Il n’y pas de stratégie imposée par le haut, mais une volonté de renforcer et de compléter l’offre existante, en tenant compte des bonnes pratiques observées à l’étranger, comme vous le souligniez, il y a quelques instants. Des opportunités immobilières en tant qu’opérateur immobilier régional ainsi que l’expérience d’animation et de coordination des centres d’entreprises, depuis quatorze ans, et des incubateurs régionaux nous ont amenés à confier cette double mission à citydev.brussels.

L’objectif est de donner une impulsion de développement avec une priorité aux quartiers en redéploiement. Il s’agit d’un des axes majeurs de l’esprit Fab Lab : s’implanter au cœur de ces quartiers pour susciter une participation citoyenne et renforcer le tissu social. C’est ainsi que, comme ministre de la Culture à la Fédération Wallonie-Bruxelles, j’ai été l’un des premiers financiers d’iMAL à Molenbeek, avec cette même volonté.

Par ailleurs, la Région soutient activement ces projets existants via plusieurs sources de financement : Fonds européen de développement régional (Feder), projets Innoviris tant pour le volet innovation que pour la sensibilisation aux sciences, collaborations académiques, etc. À ce titre, le premier Fab Lab s’installera dans un atelier de Greenbizz au cœur du quartier Tivoli. Il sera bien lancé à l’automne. Il permettra aussi de développer une collaboration permanente avec Bruxelles Formation. Deux Fab Lab, Microfactory et Open Fab, pour ne pas les citer, sont même partenaires de sa mise en œuvre.

Pour la suite du programme, comme discuté ce 7 juin 2017 en mon cabinet, ce sera en concertation avec l’ensemble des acteurs que le plan, la stratégie, ou la vision d’ensemble seront déterminés. Une prochaine réunion a d’ailleurs été fixée de commun accord dans les locaux de citydev.brussels, le 13 septembre prochain.

Comme déjà signalé, des soutiens existent déjà pour les projets de Fab Lab existants, tels que les fonds Feder, un soutien académique ou scolaire pour certains, ainsi qu’Innoviris qui dispose d’un large panel de mesures financières, même si je suis bien consciente de la fragilité des modèles économiques de ces projets innovants et collaboratifs. Plusieurs appels à projets seront également lancés prochainement, notamment pour un Fab Lab mobile.

En ce qui concerne la concertation, toujours perfectible, certes, elle a bel et bien existé et continue, avec les opérateurs qui l’ont souhaitée. Un membre du personnel de citydev.brussels a même participé, avec l’autorisation de mon cabinet, à la partie technique d’un événement que votre parti, Mme Genot, a organisé à Louvain-la-Neuve, un samedi.

Nous ne travaillons donc pas en vase clos. Ce n’est pas notre manière d’opérer et ce n’est pas conforme à la philosophie Fab Lab qui puise sa force dans la mise en réseau et l’interconnexion. J’espère vous avoir rassurée sur ma volonté de travailler en bonne synergie.

M. le président.- La parole est à Mme Genot.

Mme Zoé Genot (Ecolo).- Je voudrais juste soulever trois points. Ce qui est important, c’est que la concertation que je vous félicite d’avoir lancée ne soit pas uniquement centrée sur les trois projets de Fab Lab de citydev.brussels, mais que ce soit vraiment une réflexion globale.

Vous dites ensuite que deux Fab Lab ont été associés au projet Greenbizz, mais que des tensions existent. Il faudra donc en tirer les conclusions et veiller à un meilleur fonctionnement pour la suite.

Enfin, vous dites encore que les projets actuels sont déjà financés par toute une série d’outils, mais la grosse différence, c’est qu’en l’espèce, ce sont tous des petits soutiens ponctuels, tandis que là, on injecte d’un seul coup un gros soutien massif dans certains types de Fab Lab. Il faudrait dès lors veiller à ne pas déséquilibrer le secteur en distribuant de petites aides ponctuelles d’un côté et de gros soutiens structurels de l’autre côté.

- L’incident est clos.

P.-S.

Compte-rendu disponible dans sa totalité ici : http://weblex.irisnet.be/data/crb/b...

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